Le Projet « Issoudun 1648 — 2023 »

UN FINANCEMENT PARTICIPATIF POUR UN PROJET MUSICAL ET ÉDUCATIF

En 2019, le conseil d’administration de l’association Clavecin en France a choisi de confier la réalisation d’un instrument exceptionnel, symbole de la facture française de clavecin du Grand Siècle, à Émile Jobin, reconnu comme l’un des meilleurs spécialistes de la facture de clavecin. Avec cette initiative, Clavecin en France inaugure dans une coopération inédite entre une institution muséale, des facteurs et les membres d’une association, une nouvelle orientation de son action : la reconstitution d’un instrument historique emblématique des collections françaises. Émile Jobin sera entouré par un comité scientifique composé de facteurs et musicologues afin que cette démarche soit la plus ouverte et la plus riche possible. Une fois réalisé, cet instrument viendra enrichir le fonds instrumental de Clavecin en France : un ensemble d’instruments avec pour objectif de promouvoir, soutenir et diffuser la pratique artistique et pédagogique du clavecin.

UN TRÉSOR CONSERVÉ AU MUSÉE SAINT-ROCH D’ISSOUDUN

Le musée de l’Hospice Saint-Roch à Issoudun occupe l’emplacement de l’ancien Hôtel-Dieu et conserve parmi un riche ensemble de peintures, sculptures et meubles des XVIIe et XVIIIe siècles, un clavecin à deux claviers de Jean II Denis fait à Paris en 1648. Il permet d’évoquer la famille Denis, première et célèbre dynastie ayant oeuvré pendant presque deux siècles. Durant cinq générations, de 1520 à 1705, onze de ses représentants se sont fait connaître comme musiciens (organistes et clavecinistes) et facteurs d’instruments. Jean II Denis (fl. 1600-1672) fut titulaire de l’orgue de l’église Saint-Barthélemy à Paris. Il construisit des orgues, des épinettes et des clavecins, et publia en 1643 un Traité de l’accord de l’espinette réédité en 1650 en ajoutant au titre : « avec la comparaison de son clavier à la musique vocale », une indication en parfaite harmonie avec les facteurs pour lesquels la voix constitue l’idéal sonore. Il eut aussi des échanges parfois vifs avec Mersenne, en lui reprochant sa propension à défendre le tempérament égal, alors que lui-même prônait le mésotonique, cette partition qui fait vraiment sonner les instruments, conflit permanent entre théoriciens et praticiens. Enfin, ses deux filles eurent pour parrains des musiciens réputés (Pierre Richard et Michel de la Guerre), ce qui nous donne une idée de l’exceptionnel entourage musical de ce facteur.

UN UNICUM DE LA FACTURE INSTRUMENTALE FRANÇAISE DU XVIIe SIÈCLE

L’instrument d’Issoudun est unique. En effet, alors que, selon les archives, les musiciens utilisent majoritairement des épinettes jusqu’en 1650, cet instrument appartient aux 33 clavecins français du XVIIe siècle existant dans le monde. Il est actuellement le plus ancien conservé dans les collections françaises.

À l’origine, il disposait de deux claviers allant de Sol octave courte à do5, soit quatre octaves et une quarte, avec des sautereaux à pied de biche pour le clavier supérieur (dogleg), ce qui confère une grande légèreté au toucher. L’instrument est constitué de deux jeux de 8 pieds et d’un jeu de 4 pieds dans la disposition traditionnelle. Pour répondre ultérieurement à l’évolution de l’écriture musicale, l’étendue des claviers a été augmentée d’une note dans l’aigu et modifiée dans les graves. Trois systèmes de numérotation des touches cohabitent.

UN OBJET MOBILIER DE GRANDE QUALITÉ

La table d’harmonie conserve son décor original peint a tempera avec de somptueux motifs de fleurs, d’oiseaux et d’insectes dans la tradition héritée des ateliers anversois. Un papier peint imprimé borde la table. La rosace en plomb est composée d’une joueuse de luth sous un baldaquin, de sphinges, d’arabesques et d’escargots. A noter que Tibaut de Tolose a utilisé quasiment la même. Serait-ce une filiation ?

DES ÉTUDES SCIENTIFIQUES , UNE RECHERCHE EXPÉRIMENTALE ET MUSICALE , UNE MISE EN VALEUR PÉDAGOGIQUE

Depuis son classement, l’instrument a fait l’objet de plusieurs études organologiques qui ont permis une meilleure connaissance de ses caractéristiques et de ses altérations. Le parti pris d’Émile Jobin et de Clavecin en France est d’en proposer une reconstitution dans son état d’origine afin de restituer dans une démarche de recherche quasiment archéologique une réalisation au cœur de la musique :
• la caisse avec les bois et les
dimensions d’origine
• les longueurs de cordes et points de pincement
• l’étendue des claviers
• la mécanique avec le système de dog-leg simple pour l’accouplement des jeux

La dimension polyphonique des plans sonores (petit chœur – grand chœur), la volubilité de la mécanique, les possibilités de registration promettent une nouvelle exploration, et des découvertes inattendues dans l’interprétation des répertoires conçus pour ce type d’instrument, tout particulièrement la première école française, Chambonnières, les Titelouze, Jacquet, Thomelin, Richard, Denis et bien sûr le manuscrit de Bauyn.

Il faut trois années pour faire les études préliminaires et construire ce clavecin unique. Nous vous sollicitons pour nous aider à financer les 40000€ nécessaires à la réalisation de ce projet. Les grands mécènes sont les bienvenus, mais nous savons aussi que les petits ruisseaux font les grands fleuves ! Vous pouvez nous soutenir par un don en ligne sur la plateforme sécurisée HelloAsso. Les donateurs pourront bénéficier de déductions fiscales incitatives.

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